Nous arrivons à un grand tournant : l’Ismaélisme qui n'avait jusqu'alors lutté contre
l'Islamisme que sur le plan des idées, fut pris en main par l'iranien Hasan-ibn-Sabbah, grand mystique et politique. L’Ismaélisme se fit d'une intransigeance absolue et voulut être l'expression
d'une Volonté de surhumanité : il devint aussi un instrument d'actions violentes contre les Musulmans orthodoxes et fit trembler tout l'Orient pendant plus d'un siècle. Hasan est plus connu
sous le nom de "Cheik-el-Djebel". Cheik signifiant maître, ou supérieur d'une confrérie, vieillard digne de respect, Cheik-el-Djebel a été le plus souvent traduit par Vieux de la Montagne, ou
Seigneur de la Montagne. Hasan, fils de Sabbah, était issu d'une vieille famille iranienne. Il fit ses études à la célèbre université de Nichapour, dans le Khorassan, où professait un Imam très
âgé, vénéré pour sa grande sagesse et l’étendue de ses connaissances. Il s'y lia d’amitié avec deux autres étudiants Iraniens qui devaient avoir une grande influence sur sa destinée :
Nizan-al-Mulk, et Hakim Omar-Kheyan. Les trois étudiants partageaient la même chambre et travaillaient ensemble les matières qui leur étaient enseignées par leur maître : aspects exotériques et
ésotériques du Coran, philosophies de la Grèce, de l'Inde et de la Perse, recherches mathématiques et astronomiques.
Peu avant leur séparation et sur la proposition d'Hasan, ils firent le serment que celui
qui atteindrait la gloire ou la fortune, devrait partager avec les deux autres en toute égalité. Or, après une brillante carrière administrative, Nizan-alMulk devint le Grand Vizir du Sultan
turcoman Alp Arslam, deuxième de la dynastie Seldjoukides qui régnait sur l'Iran.
Hakin, le premier, alla revoir son ancien ami. Il se mit sous sa protection et lui
demanda seulement de pouvoir s'occuper de poésie et de philosophie. Hasan prit peu après contact avec le Grand Vizir. Beaucoup plus ambitieux, il obtint d’être nommé son conseiller. Une
grande maison fut mise à sa disposition dans l’intérieur du palais du Sultan, à Ispahan, avec tout le personnel nécessaire. Vers la fin de son règne, le Sultan et son Grand Vizir menèrent une
campagne victorieuse contre l'Empire Byzantin et s’emparèrent de l'Asie Mineure. Hasan préféra rester à Ispahan pour s'adonner à la lecture et à la méditation. Ayant accès à la bibliothèque du
palais, il y découvrit un monde nouveau en consultant les commentaires ésotériques du Koran et de la Bible, ainsi que des textes de la tradition iranienne pré-islamique, en particulier des
Ecrits du Prophète Zarathoustra. Par la rencontre apparemment fortuite qu'il fit à cette époque d'un homme nommé Abdoul Fazl, qui se présentait comme un modeste bourgeois d'Ispahan, mais qui
était en fait un initié, il apprit que des maîtres de la tradition zoroastrienne vivaient en communauté dans les montagnes du Nord de l'Iran, dans des grottes où ils étaient à l'abri des
regards des arabes et des turcs. Abdoul pourrait lui révéler le moyen d'arriver à ces grottes si Hasan le désirait. Hasan préféra aller jusqu'au bout de son expérience politique dont il
attendait beaucoup pour la satisfaction de ses ambitions, et cela malgré le scepticisme exprimé par Abdoul quant aux résultats à attendre.
Après des débuts prometteurs auprès du nouveau Sultan qui avait succédé à son père Alp
Arslan assassiné en 1072, Hasan se heurta à l’inimitié grandissante de son ancien ami le Grand Vizir. Celui-ci se méfiait en effet de plus en plus de son ambition. Au cours d'une audience du
Sultan à laquelle il assistait, Hasan fut victime d'une trahison. Le Grand Vizir ayant fait décider par le Sultan son arrestation immédiate, il n’échappa à son sort qu'en sautant brusquement
par une fenêtre et réussit à s'enfuir. Il se réfugia chez Abdoul Fazl qui semblait l'attendre. En fait, le Grand Vizir négligea de le poursuivre. Accablé et humilié, Hasan erra dans la
campagne, isolé de tous. Dormant à la belle Etoile, il eut pendant cette "traversée du désert" des rêves visionnaires. Les prophètes lui apparaissaient et le confirmaient dans la mission qu'il
sentait être la sienne, lui révélant la marche à suivre. Son rôle à lui, Hasanibn-Sabbah, était de s'assurer la domination des hommes pour les guider vers la recherche de la divinité. Et ce,
par tous les moyens, le bien comme le mal. L'Iran, terre choisie par Zarathoustra pour donner son message, l'Iran qui séduisit Alexandre, devait servir de creuset à une nouvelle expansion
spirituelle qu'il avait pour mission de provoquer et de guider.
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