Depuis l’époque lointaine des peuples primitifs ou archaïques à nos jours, les rites n'ont cessé
d'exister sous des formes diverses. Ils représentent l’expression de la Tradition, les rapports entre l'homme et le surnaturel. Ils font pénétrer le sacré dans le profane. Ils forment une
cosmologie magique et mystique.
Ils constituent une clé de l’ésotérisme – qui en comporte plusieurs de la révélation.
Qu'ils s'expriment avec des gestes, des paroles, ou des vêtements appropriés, ils doivent être précis
pour ne pas changer leur valeur occulte.
Ils constituent ensemble un rituel, usité de tous temps dans les temples, églises, et autres édifices
religieux.
Que ce soit par les gestes, par l'objet, par le dessin ou la voix, chaque rite a sa signification qui
joue un rôle et a sa répercussion dans la vie courante.
Les rites sont aussi une "identification" d'une religion, d'une secte ou d'un
groupement.
Le monde sacré du rituel s'exprime aussi dans les mythes. Par exemple le Chevalier qui éveille la
Belle au bois dormant par un baiser est le symbole de la Connaissance qui se transmet par les lèvres d'où sortira la voix.
Les doctrines ésotériques ne meurent jamais grâce aux rites mais souvent passent d’une religion à une
autre.
Les études ethnographiques des anciens peuples ont montré que, si nous remontons dans les temps les
plus éloignés, nous trouvons toujours la manifestation des rites positifs, négatifs, ou commémoratifs.
Les rites positifs, par leurs pratiques magiques et religieuses, calmaient l'angoisse des êtres. Ils
séparaient le sacré du profane, tout en transcendant ce sacré dans la vie. Les "officiants", les "intermédiaires" permettaient et permettent toujours à l'homme de participer au monde sacré. Mais
ces officiants ou intermédiaires doivent être investis du pouvoir de transmettre. Dans la plupart des religions, ces officiants ont été oints dans ce but. Mais, dans la religion hébraïque, pour
ce peuple souvent dispersé et loin de toute synagogue, la tradition s'est établie de donner le pouvoir d'officier soit à un ancien de la communauté, soi au père de famille, ou même à défaut à
toute personne juive consciente de sa religion. Les vêtements, les gestes et les paroles des officiants - quels qu’ils soient - ont une valeur occulte.
Leurs prières sont une reconnaissance du caractère transcendant des forces sacrées. Ils ont la notion
du sacrifice et marquent l'abandon d'une chose donnée pour atteindre "l’inconditionné", le stade où tout égoïsme personnel s’efface.
Les rites négatifs sont à base d’interdictions, la plupart du temps dictées par des lois d'hygiène ou
de nécessité. Pour que le peuple admette ces lois, il a fallu les leur présenter comme étant la volonté de Dieu. Exemple, Moïse dans le désert a déclaré le cochon impur parce que les conditions
lamentables d'hygiène du moment amenaient obligatoirement des maladies telles le scorbut... Autre exemple, l'obligation de manger du poisson une fois par semaine pour limiter la consommation de
la viande. Les jeûnes, les périodes de carême, etc... en plus du côté religieux avaient une raison hygiénique.
Il y a des rites pratiques en société pour la conduite des hommes : règles nécessaires imposées sous
forme de rites.
Les rites commémoratifs sont des liens spirituels reliant le passé au temps présent.
Les chefs des peuples primitifs avaient deux types de conduite rituelle : la menace ou la
puissance.
Les rites magiques des anciens se sont parfois opposés aux rites religieux. Ils étaient la
concrétisation des superstitions provenant de vieilles coutumes déformées. Ils étaient surnaturels, mystérieux et effrayants. Pour lutter contre eux, certains chefs ont créé des rites de
purification. Ils partaient du principe qu'un être qui s'est purifié est à l’abri du mal. Il y a une grande analogie entre les rites religieux et les rites provenant de cultures diverses. Ceci
témoigne d'un développement religieux commun exercé sous diverses formes.
Dans les religions universelles, tel le bouddhisme de culture hindoue, le christianisme romain
hellénique, l'islam de culture arabe, et les religions sémites, on trouve le même désir mystique de prolonger les valeurs et de les faire survivre par les rites dont on a perdu souvent le symbole
et la religiosité vécue au niveau des représentations et coutumes anciennes. En Egypte, en Mésopotamie, et sûrement dans d'autres pays, se pratiquent encore des rites se rapportant à des
religions mortes ou presque disparues. Ce qui montre bien le besoin qu'a l'homme de conserver ce qui le rattache au surnaturel et à la divinité, même en l'absence de la religion dans laquelle ils
étaient pratiqués.
Dans toutes les religions, chaque période importante de la vie est marquée par une cérémonie rituelle
: naissance, puberté, mariage, mort.
Dans toutes les religions pourtant si diverses, le baptême commence par l’ablution, l'eau qui purifie.
Il était pratiqué, particulièrement en Palestine bien avant Saint Jean Baptiste et Jésus.
Au moment de la puberté, il y a le "rite de passage" ou initiation permettant à l'enfant de devenir un
adulte religieux, ceci entre la onzième et la treizième année. Chez les peuples noirs le rite de passage est obligatoire, considéré comme le rite le plus important dans la vie. Chez les
chrétiens, c'est la "communion". Chez les Hébreux, l’initiation religieuse ainsi que chez les Islamiques.
Puis viennent les rites du mariage et ensuite ceux de la mort.
Certains peuples, comme les Polynésiens par exemple, considèrent la mort comme impure. Aussi, après un
décès, il y a une période où l'on ne s’inquiète pas du mort. Après cette période on le purifie avec l'eau. On asperge tout ce qui était son environnement. On fait des fumigations d'herbes et des
incantations. Puis, on estime que son âme à ce moment peut rejoindre l'au-delà.
Il y a aussi, dans certaines races, des traditions secrètes dont les rites nous paraissent parfois
incompréhensibles. Mais nous retrouvons une fois de plus l'analogie qui existe entre peuples qui paraissent si différents les uns des autres. Les traditions restent universelles.
Il y a un peuple qui est assez mystérieux à nos yeux, c'est celui que nous appelons bohémien. Nous ne
connaissons pas son origine exacte, mais nous retrouvons une analogie entre le bâton noueux des bohémiens et la corne d'abondance des hindous et des islamiques. Ils ont la même équivalence. Il y
a parfois une similitude de mots entre races différentes, principalement, les bohémiens et les hindous qui ont le même mot pour désigner le soleil, la lune, et certaines étoiles.
Il faut dire que le peuple bohémien est un peuple errant, souvent chassé d'un pays, se réfugiant dans
un autre, et ainsi de suite...
On peut reconstituer leurs passages parmi les asiatiques, les arméniens, les moldaves et à travers les
pays danubiens, la Bohème, la Saxe, la Pologne, etc... Les bohémiens ont rencontré au cours de leurs pérégrinations leurs frères, "les Romes" venant d'Egypte qui ont eu beaucoup moins de
tribulations. Ceux-ci se sont installés d'abord en Hongrie, puis en Espagne. Ils ont apporté leurs chants et leurs danses qui sont des condensés d'habitudes et de rites des divers pays qu'ils ont
traversés.
Deux choses ont une importance capitale dans le rite : le geste et la parole.
Le gestuel est une préparation à l’initiation, au "dévoilement". C'est le rappel des correspondances
psychiques. La "réalisation" de cette notion se fera dans l'âme de l’initié lorsqu'il aura compris la valeur du geste et la loi de correspondance avec le cosmos de tout acte rituel.
L'homme, le microcosme, étant le miroir magique de l'univers correspond au macrocosme. Toute partie du
corps humain correspond aussi au macrocosme. Faire le cercle magique ou la chaîne, ce n'est pas une simple figure géométrique. C'est un mandala qui a été créé comme symbole de l'inviolabilité de
l'esprit, de l'âme et du corps.
Si l'homme choisit comme mandala pour sa méditation une figure du zodiaque par exemple, il se servira
du chiffre correspondant de cette figure pour allumer autour de lui le même nombre de bougies, de la couleur et des attributs du mandala. Il s'entourera d'une musique appropriée et d'encens.
Ensuite, il donnera cours à son évocation.
Le processus sera le même pour la fabrication des talismans. Il utilisera le dessin pour le
créer.
Par cette même loi, la volonté humaine captera le fluide de l'astral pour le reporter sur les images
qu'il a créées. Par la projection des principes cosmiques, il transformera par son magnétisme les objets créés en objets magiques. Il se servira de ses mains. Le fluide s'en dégageant exprimera
une sensation ou produira des volutes et des spirales. Ce sera le pouvoir magique de tout rituel. C'est comme cela que les objets rituels du culte sont consacrés, donc chargés de forces
cosmiques.
La Voix a toujours été considérée comme l'expression la plus importante du rite.
En vieille Egypte, dans la conception de la manifestation il est dit que les êtres étaient placés par
Dieu dans le "noun" correspondant au mon-manifesté. Puis le Dieu Atoun ayant le désir de se manifester se dédouble et devient "Ra", la lumière et crée par la voix le Dieu Thot qui deviendra pour
les Grecs le Logos.
Toute parole se manifeste en pensée du cœur et en émission de langage. Le Verbe divin est la parole
devenue sacrée. Dieu, qui est hier et demain, qui est la source de toute existence, de toute chose vivante dans tous les règnes, s'exprime par la voix.
La parole de Dieu dévoile la connaissance en l'enrobant le plus souvent de secret. Pensons aux
paraboles du Christ... La communion chrétienne où Dieu en la personne de Jésus est la victime qui meurt et ressuscite établit le lien entre le monde humain et le monde sacré par sa voix, son
enseignement. La Passion du Christ peut être comparée au drame Osirien qui décrit la passion soufferte par "Lui".
L'homme étant créé d'une substance divine, puisqu'il est l'émanation de Dieu, s’exprimera aussi par la
voix en toutes circonstances. C'est par elle qu'il fera des conjurations qui devront être dites ou chantées sur un rythme spécial correspondant aux ondes bénéfiques ou maléfiques.
Dans la représentation des dix Sephiroth, le centre est l'alliance de l'Unité, soit l'esprit, le
souffle et la voix qui parle, qui forment à eux trois le Saint-Esprit.
Le monothéisme hébraïque, à l'époque hellénique, en Asie Mineure, apporte un nouveau sens, un nouveau
mode de purifications, de tendances ascétique qui se transmettent en Grèce qui en adopte certains rites. L'ésotérisme juif a influencé l’école d'Alexandrie, le catholicisme naissant, en fait
toute la Méditerranée dans ses traditions ésotériques et a maintenu un rite et un gestuel qui existent encore de nos jours. Le courant gnostique et les doctrines occultes similaires sont nées de
ces traditions qui seront ensuite brassées par tout l'Occident.
Le culte de la Déesse Mère, culte pré-aryen qui nous vient d’Egypte, fat partie des croyances de la
Méditerranée. Le christianisme l’a renforcé par le symbole de la Vierge Marie.
Au fur et à mesure que la religion chrétienne a pénétré dans la masse en Egypte, elle a effacé peu à
peu les anciennes formes religieuses. Elle a apporté au peuple une spiritualité, un sens divin et une moralité qui n’étaient pas donnés à la foule égyptienne.
Mais la religion chrétienne a conservé des anciennes religions divers rites ne serait ce que
l’aspersion, le cierge, l’habit spécial de ses représentants, etc...
Ce qui nous amène, comme conclusion, à penser que l'Unité de Dieu est intrinsèque, mais, que celle de
l’homme est en devenir et en transformation perpétuelle dans son rituel.
N’importe quel geste rituel, s’il est pensé par le cœur et par l’esprit produira un bienfait pour
tous.
Le plus beau rituel est celui de la bénédiction qui est le lien entre l'homme et Dieu.
Je crois qu’il était nécessaire que je vous parle des rites un peu longuement. Trop souvent, j’ai
entendu dire que le rite est une mascarade... un déguisement. Mais, il y a un dernier aspect à connaître. Lorsqu'un geste ou une phrase rituel sont pratiqués avec force et conviction, il se
produit en nous une véritable ouverture sur le monde invisible. Nous n’en sommes pas toujours conscients.
Lorsque nous procédons à l'investiture d'un magister. Soyez certains que dans ce cas, toute parole
dite, tout geste fait, produiront des ondes qui seront en harmonie avec la conscience profonde de l’officiant et atteindront le Cœur et I’esprit du nouveau Frère Magister.
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